Orphelins

Berges saines – 31 mars 2012

Quelle heure peut-il bien être ?  Est-ce  déjà la pause déjeuner, je n’entends plus les autres ? Sommes-nous disséminés sur les berges au point de ne plus nous voir ni nous entendre ?

Tout à l’heure, j’avais le cœur rempli de l’élan qui nous amenait ici, sur ces berges à nettoyer. Les animaux et la musique du cirque semblaient nous encourager : « allez  les vaudésiens !  Hauts les cœurs !» Avec 60 autres éco citoyens, je m’attelais  à la tâche avec  l’envie d’en découdre: ramasser tout ce que le fleuve et les hommes ont amené là : depuis la plus petite capsule plastique jusqu’à cette grosse roue de camion ! Cet entrain partagé est  aussi conforté par l’idée que de l’amont à l’aval et sur les deux rives du fleuve, d’autres écocitoyens en font autant. Tout cela me réchauffait le cœur.

Au sol,  des gros déchets, mais aussi des touts  petits : bouchons, briquets, bâtonnets de coton-tige et partout, du polystyrène fragmenté. Je décidais de me concentrer sur les gros objets bouteilles  et bidons en plastique…. J’en remplirai une quinzaine de sacs.

A présent, le silence. Une brume légère enveloppe la berge comme pour lui donner plus d’étrangeté: l’eau immobile, les galets ronds et blancs, les arbres tourmentés … puis tous ces déchets, encore.  Ce sont eux, qui m’ont éloignée du groupe : toujours plus nombreux, concentrés, enfouis, masqués.  Certaines  bouteilles semblent avoir mille ans. Sous mes pas,  le sol craque et rebondit, des centaines d’autres  attendent la faveur d’une nouvelle marée pour se remettre en chemin. Les déchets du fleuve n’appartiennent à personne : ce sont des orphelins.  On ne sait pas à qui ils sont, en revanche, leur destination est  connue : la mer. La tristesse me gagne.

Je rejoins les autres, il est bientôt 13 heures. L’énorme tas des déchets que nous avons ramassé  nous impressionne tous. Chacun est heureux et a envie de poursuivre le travail commencé ce samedi 31 mars 2012. Je retrouve le sourire. Oui, tout cela a du sens. Ensemble.

Martine Cartier

 

2 Comments »

  1. Comment by beabea — 2 avril 2012 @ 23:16

    J’aime !

  2. Comment by katine — 4 avril 2012 @ 14:13

    En effet, après l’effervescence du début de matinée, nous aussi, ressentant un calme soudain, nous levions la tête (à peine)pour constater que nous n’étions plus que 3 à l’endroit où nous avions commencé 2 heures auparavent,tellement absorbés à traquer, déloger ce qui se dérobait à notre regard, sous les ronces,les branchages…
    En constatant combien il y avait encore à faire, nous eûmes du mal à quitter la berge.
    Mais quel plaisir de découvrir la « montagne » de sacs, au final.
    Vous avez décrit avec talent et sensibilité ce que nous avons vécu et ressenti.
    Merci pour ce joli moment de lecture.
    Catherine Mercier

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